En allant prendre le métro la semaine dernière, j'ai été confronté à une situation assez cocasse.
Nous étions quelques piétons à attendre à un feu pour traverser, quand tout à coup un homme d'une quarantaine d'année,
surgi derrière nous à toute allure et invectiva une conductrice qui téléphonait en conduisant, puis dès qu'elle libéra le passage clouté, il s'engagea en courant alors que notre feu était
toujours au rouge et que d'autres véhicules arrivaient.
Ce constat flagrant de non respect du code de la route est monnaie courante de nos jours.
Dans la jungle de la ville et partout ailleurs les principes de base du respect ne sont plus en vigueur.
Je me suis donc posé quelques questions pour savoir comment nous en sommes arrivés là et si il était possible de
dépoussiérer quelques vestiges de ce respect désormais disparu.
D'où vient ce manque de respect que l'on constate tous les jours ?
Pour trouver des indices, je me suis demandé depuis quand le respect à commencé à disparaître et de quelle nature il
était.
Le respect nous est enseigné par nos parents, nos professeurs et toutes les personnes avec qui nous sommes confrontés au
cours de notre éducation.
Lorsqu'on discute des faits divers avec nos parents et nos grands parents, la phrase typique qui surgit est toujours là
même:
"De mon temps ça ne serait pas passé comme cela!"
Si l'on y réfléchi d'un peu plus près, nous sommes tous dans ce cas vis à vis de la génération suivante.
Prenons l'exemple du respect dans les établissements scolaires. Ce choix n'est pas innocent sachant que l'organisation de
l'Éducation Nationale Française à été calquée sur le modèle militaire.
Du temps de nos chers grands-parents, il était difficile voire impossible de faire admettre à ses parents qu'un professeur
avait tort. L'indiscutabilité de la supériorité du professeur était bel et bien présente.
Quelles étaient les conditions dans lesquelles les professeurs travaillaient ?
Tout d'abord, les filles et les garçons n'étaient pas dans les mêmes établissements.
L'uniforme scolaire était obligatoire pour tous les élèves.
Les sanctions physiques étaient fréquentes (Gifles, fessées, coups de règle sur les doigts...).
L'humiliation était aussi utilisée (Bonnet d'âne, piquet, retenues..).
Aujourd'hui, aucun professeur ne peut se permettre de tels actes, sous peine de sanction de ses supérieurs et de
poursuites judiciaires de la part des parents.
Le respect, tel qu'il était observé par le passé dans nos classes, était donc plutôt une forme de crainte du
"maître".
Les parents quant à eux ne s'estimaient pas suffisamment armés sur le plan intellectuel pour rivaliser avec les
professeurs.
Le rapport de supériorité s'est complètement inversé.
Quelles sont les valeurs essentielles qui ont changées ?
Remontons à la première vague de grandes firmes nationales dans les années de la Grande dépression
(1873-1896).
Du point de vue social, l'effet de cette mutation du capitalisme est un accroissement des inégalités au plan national. Les
travailleurs les moins qualifiés sont mis en concurrence avec ceux des pays du tiers monde, tandis que les « manipulateurs d'idées » profitent de marchés gigantesques où accroître leur
profit.
La naissance de ces grands groupes privés fait émerger de nouveaux leaders.
Ces nouvelles "figures de pouvoir" ne cesseront de croître dans un système qui les encourage à s'agrandir et la démocratie
libérale prendra définitivement le dessus sur les valeurs républicaines.
Les valeurs de ces grands groupes sont avant tout une croissance permanente quitte à bafouer les règles de la concurrence
et d'instaurer entre autre l'obsolescence programmée dans l'industrie par exemple. Le but est l'accroissement du capital coute que coute, y compris la logique et le bon sens.
On peut donc parler de démystification des figures du pouvoir public au profit des figures de pouvoir privé.
Un capitaine d'industrie peut aujourd'hui mettre à genoux les plus puissants hommes politiques pour ses
besoins.
Le premier nain du pouvoir de France agite "mai 68" comme bouc émissaire, responsable du non-respect des élèves
envers leurs professeurs.
Venant de la part d'un des valets de chambre du pouvoir privé cela peut sembler un peu dur à avaler, cependant « même
si les journalistes ne croient pas les mensonges des hommes politiques, ils les répètent ! » (Coluche).
En se faisant l'écho de ces écrans de fumée, les médias jouent eux aussi leur rôle de valet du pouvoir
privé.
L’explosion des moyens de communication et la révolution numérique que nous vivons aujourd’hui, foudroyante, sans contrôle
(ce qui semble poser problème à certains hommes politiques), et qui est surtout un moyen de divertissement et de satisfaction rapide des désirs, nous a entrainé dans un rythme bien plus rapide.
Nous sommes devenus plus impatients, plus fainéants, plus blasés de la lenteur de notre réalité sociale comparé à l'immédiateté des désirs assouvis de notre virtualité sociale.
Les modèles médiatiques tels que les hommes politiques, les stars du sport, du cinéma et de la mode ont quasiment tous été
mis en défaut (violence, drogue, corruption…) par un système de communication de plus en plus affuté et réactif. Le caractère ephémère de nos objets de consommation actuels comparé à ce qui était
fait auparavant trace un courbe descendante dans les repères concrets de nos jeunes générations.
On comprendra donc plus aisément comment le respect forcé institué par le passé dans nos écoles s'est écroulé sous la
force exponentielle et la rapidité fulgurante de la démocratisation des nouveaux moyens de communication.
Le progrès technologique au service du capitalisme à aidé à faire tomber le masque d’un respect basé sur l’ignorance et la
crainte.
Le respect doit avant tout se placer dans le cadre de la dignité humaine. Il y a une connotation de valeur
morale.
S’il y a valeur, il faut pour se situer avoir connaissance d'une hiérarchie des grandes valeurs de l’humain.
L’argent doit retrouver sa place, suffisamment loin des podiums pour que chacun y trouve son compte.